Le 13 mai 1979, le Marché de la Création de Lyon était créé sur une idée originale de Jean-Yves Loude.
Sous les platanes, la création.
Le Marché de la Création de Lyon aura trente ans en 2009. Il paraît si bien ancré au quai de Bondy, si naturellement présent chaque dimanche que la mémoire de ses débuts s’efface. Et pourtant, il y eut bien un premier dimanche : le 13 mai 1979.
En mai 2009, après un tiers de siècle, mille cinq cents soixante dimanche se seront succédés, sans interruption, formidablement reliés entre eux par le plaisir conjugué des exposants et du public, heureux de se rencontrer là, sous les platanes de cette libre promenade, jouissant des faveurs du ciel ou subissant ses caprices.
J’ai eu l’idée du Marché de la Création au cours des années soixante-dix. Cette décennie était favorable aux projets chimériques, et la présence d’énergies combatives permettait de changer les utopies en réalités. Ancien rédacteur-en chef de Lyon Poche et tout jeune écrivain à l’époque, j’étais porté par le désir d’améliorer la diffusion de la création ; la mise en relation des auteurs et du public était pour moi un acte essentiel de la vie. Je cherchais les formules de ce rapprochement. L’idée du Marché de la Création s’est imposée comme étant une voie possible ; un marché étant un lieu, un moment où peu de barrières se dressent entre ceux qui proposent et ceux qui regardent.
Je savais d’emblée que ce serait un Marché de la Création avec deux majuscules. Dürer ne vendait-il pas ses gravures sur les marchés pour mieux subsister ? Je me suis appuyé sur cette image de Dürer offrant au public le plus vaste, le moins sélectionné, le privilège de côtoyer ses œuvres. En revanche, je n’ignorais pas l’existence de marchés, agréables et estivaux, où objets d’artisanat et produits locaux se mêlaient pour trouver des débouchés. Il n’était pas question d’en ajouter un de plus. La définition de départ serait nette et précise : ce Marché serait offert à la création artistique, délibérément prévu pour les peintres, les sculptures, les photographes, les graveurs, les artisans d’art. Pourraient y être agrégés des musiciens, des chanteurs, des poètes. Ce ne serait en aucune façon la réplique de la Place du Tertre de Montmartre. On ferait même tout pour s’écarter de cette référence. L’exigence des démarches créatives était souhaitée et non la répétition forcenée pour des raisons marchandes et opportunistes.
Affiche créée par Serge Kouriakine
Je pensais, et je le pense toujours, que trop peu de gens osaient franchir la porte des galeries, l’entrée des musées. J’imaginais donc le Marché comme une galerie à ciel ouvert, sans murs, sans contraintes, sans intimidation, en libre accès. Le public averti aurait plaisir à venir chiner des émotions inattendues, à guetter des talents prometteurs, à se laisser surprendre par des révélations. J’espérais surtout qu’une autre partie du public, celle-ci moins habituée à côtoyer des expressions artistiques, développerait, précisément au Marché, le goût pour l’art plastique, les démarches créatives, la poésie ambulante. Je me disais qu’après avoir flâné, discuté, échangé, acheté, dimanche après dimanche, les visiteurs du Marché poursuivraient leurs découvertes vers d’autres lieux d’expositions. C’est ainsi que je formulais l’idée et elle fut inscrite dans le Livre Blanc de la Culture que l’adjoint au Maire, Jacques Moulinier, rédigea après la mort de Louis Pradel, afin de changer d’ère. Le journal Le Monde, parmi les nombreuses propositions énoncées dans ce Livre, remarqua celle-ci. André Mure, nouvel adjoint à la Culture, me demanda de la mettre en application dès 1979.
© photo Michèle Griffon
Mais, si l’idée fut bien accueillie par la Mairie et les journalistes, comment réagirait le public lyonnais ? La question fut vite réglée : le 13 mai 1979, il faisait beau, les exposants affluaient, les spectateurs se pressaient. Le dimanche suivant, le miracle se reproduisit. Le Marché était lancé, il résista au vide du premier été et aux tracas climatiques de l’hiver suivant. Il continue depuis. Cela ne signifie pas qu’il avança spontanément tout droit. Loin de là. Le projet initial prévoyait que le Marché soit remis aux créateurs avant son démarrage pour qu’il soit bien clair que cet espace et ce temps leur étaient réservés en priorité afin d’inventer une autre communication de leurs productions. Cette étape ayant été brûlée, il fallut pratiquement quinze ans et l’énorme travail pédagogique de Michèle Griffon, commissaire d’exposition de 1987 à , pour rattraper les conséquences de cette négligence municipale.
Auteurs
Jean-Yves Loude