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Que serait la poésie sans le chagrin ?
Et tout d’abord, le chagrin d’Afghanistan,
pays qui danse enlacé à la guerre
depuis si longtemps ?…
Moi, je m’appelle Farida Faryad.
Farida, « l’Unique », et Faryad, « le Cri ».
Jamais ma vie si mal engagée n’aurait dû favoriser mes noces
avec la poésie…
Vous qui me lirez,
restez en paix, je vous le souhaite.
Apprenez seulement à vivre
avec la rumeur de nos gémissements.
En 2021, Farida Faryad, jeune femme de la communauté hazâra, quitte l’Afghanistan à bord d’un avion français et trouve une terre d’accueil à Villefranche-sur-Sâone, en Beaujolais.
Que lui reprochent les fondamentalistes religieux ? D’être femme, lettrée, d’avoir vaincu la misère pour parvenir à enseigner, y compris à l’université, d’avoir conquis le droit de penser et de s’exprimer.
Et de quoi avait-t-elle choisi de parler ? D’une très ancienne tradition partagée en secret par les Afghanes, et notamment par les femmes hazâra : le « cri poétique » de souffrance et de résistance à la pression patriarcale.
Ce récit très personnel, écrit par Farida Faryad en langue persane, a été adapté, en français, sous forme poétique, par Jean-Yves Loude.
24 octobre 2024 • Site Babelio, par "pierrebox"
Voici un ouvrage qui bouleversera même le plus insensible des lecteurs, le plus aguerri, le plus blindé aux horreurs et aux injustices de notre monde actuel.
On le sait bien, on en parle souvent dans les médias, le sort des femmes en Afghanistan est dramatique, révoltant, odieux. Hélas, la communauté internationale ne fait pas grand chose, voire rien du tout. Pire même, après avoir abandonné lâchement ces malheureuses en août 2021, sous les yeux effarés du monde entier, elle aide financièrement les talibans, croyant faire oeuvre humanitaire en luttant contre l'extrême pauvreté dont souffre le pays en raison de l'insécurité, de la corruption et du narcotrafic. Depuis ces journées tragiques, chaque jour qui passe plonge un peu plus les femmes afghanes dans leur prison noire et puante, celle du patriarcat le plus absolu. Le suicide est devenu leur seule échappatoire. Désormais, enfermées à jamais à l'intérieur de leurs maisons, elles n'ont même plus le droit de chanter. Et bien sûr d'étudier, de travailler, de sortir, de se cultiver. Leur « cri », héritage traditionnel chuchoté en cachette des hommes, est leur unique façon de résister.
Le témoignage de Farida, jeune femme poétesse et enseignante est saisissant. Elle a échappé à l'enfer en prenant place dans l'un des derniers avions qui ont quitté Kaboul et a trouvé refuge dans une ville du nord de Lyon. Elle a raconté sa vie, depuis sa venue au monde dans la communauté hazâra, dans un bouleversant récit poétique écrit en langue persane. Sans cette fuite, elle était condamnée. La poésie, dans ce pays maudit, mérite la mort.
Le texte a d'abord été traduit du persan, puis adapté par l'ethnologue Jean-Yves Loude pour le rendre plus accessible aux lectrices et lecteurs français. Voici ce que ce dernier écrit dans la préface : « Farida Faryad a souhaité nous faire don de sa collection de chagrins. Ainsi, pouvait-elle offrir à qui l'accueillait le plus beau de ce qu'elle transportait : un long exposé qui décrivait le combat féminin de tout un pays. Attention, voulait-elle nous dire, cessez de voir seulement les Afghanes comme des ombres humiliées, voilées, grillagées. Votre compassion ne les atteint pas. Ce dont elles ont besoin, c'est de considération pour la sourde résistance poétique qu'elles mènent de bouche à oreille, depuis des générations, depuis que le patriarcat malmène la moitié non mâle de l'humanité. »
Je ne dévoilerai pas tout ce récit, il faut le lire, c'est une nécessité pour quiconque s'intéresse à autre chose qu'à son propre nombril. Il raconte le quotidien des Afghanes depuis toujours, dans ce pays aux coutumes terribles, où les femmes ont moins de valeur qu'un animal, femmes que l'on vend, que l'on soumet que l'on humilie, et surtout qu'on invisibilise. La communauté hazâra, celle de Farida, de langue persane, est particulièrement méprisée par le reste de la population.
À travers les vers libres de la traduction du témoignage de Farida, se dévoile le quotidien de la femme afghane, son seul rôle étant de satisfaire son mari, de lui donner des enfants, de se plier aux tâches domestiques, et seulement à cela. Il n'y est question que de domination, de souffrance, de désespoir, de tristesse. On y parle de guerres incessantes, de massacres, de tortures, de pillages, de vols et de viols. Mais l'espoir ne s'éteint jamais tout à fait, on résiste comme l'on peut.
Extrait :« La poésie, le chant, les rêves sont voies d'évasionpour nous, femmes, dont les corps furent jetés en prisonentre les murs des cuisines et de la traditionet sous la haute couture grillagée de l'oppression ».
Je n'en écrirai pas plus, j'invite plutôt les lectrices et les lecteurs de ces lignes à se procurer la collection de chagrins de Farida Faryad.
Le monde entier doit savoir.
Étienne Gilles • Les Nouvelles d’Afghanistan, revue de l’AFRANE
“Collection de chagrins” est un livre étonnant. Jean-Yves Loude a réalisé une adaptation poétique du récit de Farida Faryad. Cela donne une incantation poignante, triste évocation du passé douloureux d’une femme hazâra et du présent saccagé de ses compatriotes…”
"Le Défi poétique d'une femme afghane" - Rencontre autour d'un livre, "Collection de chagrins" de Farida Faryad, adaptation poétique de Jean-Yves Loude, éd. du Poutan, 2024.
Une Lecture-Narration avec Odile Bertotto, comédienne chanteuse, Farida Faryad, chercheuse en poésie, et Jean-Yves Loude, écrivain. Ensemble, ils portent le défi d'une femme qui a quitté son pays, l'Afghanistan, pour continuer de faire entendre la voix et la poésie de femmes assignées au silence.
Durée : 1h15 + débat.
Lecture musicale, prise de parole, narration.
Accessible à partir de 16 ans.
Contact : contact@etoile-secrete.fr
Compagnie Étoile secrète en collaboration avec Astu'Scène.
Auteurs
Farida Faryad pour le texte persan, et Jean-Yves Loude pour la préface et l'adaptation poétique.
Illustration de couverture
Mohsin Taasha.
Éditeur
Éditions du Poutan.
Disponibilité
En librairies et aux Éditions du Poutan.