BANDEAU

« Une pépite en or massif ! » (23 avril 2013)

De Rio à São Luis do Maranhão deux français fouilleurs de mémoires se lancent à la recherche de pépites brésiliennes, ces âmes noires ignorées d’une histoire toute dévouée au frauduleux blanchiment de la race. Pour les auteurs, 5000 kilomètres de fouilles dans les poubelles de la société brésilienne pour y chercher ces diamants colorés de toutes ces nuances café, cannelle, charbon et ses 136 déclinaisons admises pour distinguer chaque degré dans l’ordre de l’éternelle damnation obscure. C’est qu’ici la couleur à la mode reste indéfiniment le blanc. Ce blanc froid qui pourtant n’a pas hésité à chauffer ses sens frigides sur ces peaux aux parfums exotiques y réchauffant à l’occasion ses pâleurs maladives.

A chaque pas de leur parcours nos scaphandriers des causes compromises et compromettantes remplissent leur besace d’une admirable provision de négritude en écoutant les plaintes venues des quilombos, les rythmes du Tambor de Criola, les paroles des candomblés et Macumbas,les délires des béats, les accents des Minas des Gégés et des Angolas, et les silences éplorés des Saints Catholiques qui loin de leur surveillance vaticane sont plus que jamais copains comme cochons en foire avec les Orixas et autres Voduns venus d’Afrique.

Nos « touristologues » veulent rendre à ces peuples abusés leur fierté brésilienne d’avoir du sang nègre. Et même aux autres, les entre-deux, les mélangés présumés traitres aux noirs comme aux blancs, tous victimes désignées par un Dieu -certainement blanc – qui laissa payer aux enfants les fautes des parents. Rien d’inhabituel dans un monde ou la force fait la justice. Mais il y a pire rencontre dans ce chemin des découvertes. Sortie des fins fonds d’une cordelière qui comme les Capibaras qui la nomme aurait dû disparaître ou rester dans l’oubli, voilà qu’un découverte archéologique suggère que l’africain aurait débarqué au Brésil il y a plus de dix mille ans. Ce qui ailleurs ne serait qu’une découverte prend ici des allures de complots, une remise en cause de théories raciales funestes voulant toujours ignorer que l’isolement social et culturel, la privation d’éducation ou parfois le simple déficit alimentaire sont les seules et véritables sources des différences.

La couleur de la peau est un argument de marchands qui n’ayant plus d’esclaves emploient l’acculturation la culpabilisation et la privation économique pour justifier toujours et encore la domination blanche avec son lot de rapine et de crime contre l’humain. C’est avec des mots tournés comme des caresse accordées à un corps fatigué que les auteurs découvrent leurs pépites comme autant d’herbes curatives offertes en guérison de cinq siècles de maltraitance, retournant encore et toujours sur un passé endormi confronté au choc des paysages et aux rencontres actuels, mais avec toujours cette infinie tendresse et ce respect qui brille comme l’espoir d’une aube nouvelle. Commencé à Rio le voyage se terminera à São Luis avec un petit crochet par Alcantara (la porte en arabe) Une porte qui se ferme sur ce sentiment que nous aussi nous allons quitter des compagnons de route au regard porté sur ce là-bas et si bien rapporté vers nous que nous avons l’impression d’avoir nous aussi gagné quelques amis.

Magnifique récit d’une esthétique littéraire rare mais qui demande un minimum de connaissance du sujet pour en profiter pleinement. Tout simplement hors concours, une pépite énorme.

— ARRIBAT.

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